8 novembre : Dominique Lestel à Savoir en Liberté

Publié le par savoirenliberte

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Ceux qui n’entendent pas parler les chats sont-ils sourds ?

L’animal parle-t-il, communique-t-il ?

L’éthologie a été fondée au XIXème siècle, par Geoffroy Saint-Hilaire, mais ses travaux se sont surtout développés au XXème siècle. Dans le deuxième tiers du XXème siècle, Konrad Lorenz introduit la notion d’empreinte et montre que, chez l’animal, un certain nombre de processus ne sont pas innés mais se mettent en place pendant l’éducation du petit animal. Apparaît ensuite l’éthologie behavioriste, et, dans les années 70, des approches sociobiologiques. Dans les années 80 et 90 apparaît l’éthologie cognitive, qui montre que l’animal, contrairement à ce que considérait Descartes, n’est pas une machine mécanique. Les animaux sont plutôt comparables à de petits ordinateurs, à des machines computationnelles, des machines à traiter de l’information.

La question du langage se pose dans ce contexte. Karl Von Frisch (Prix Nobel en 1973) étudie le langage des abeilles, et montre, pour la première fois, que des animaux non humains peuvent avoir une communication symbolique et non iconique. Dès 1953, dans la revue Diogène, une controverse a lieu entre Benveniste et Von Frisch : cette controverse repose sur une incompréhension, liée à une emphase dogmatique, qui considère que le langage peut tout dire. Or, croire pouvoir tout dire par le langage relève de l’illusion cognitive. Il n’y a pas de dialogue entre les animaux, dit Benveniste. Si, répond Von Frisch !

La question à poser est alors la suivante : est-ce que la communication complexe passe nécessairement par le langage ? Un certain nombre d’éléments, qui paraissent caractériser seulement le langage humain, sont présents dans la communication animale. Ainsi, quant à la différence entre la sémantique et la syntaxe : la mésange à tête noire a des chants qu’on peut caractériser selon cette distinction. Quant à la question du référentiel : il est présent dans les cris d’alarme. Les vervets, qui sont des singes d’Afrique de l’Est, utilisent une sémantique référentielle et distinguent, par leurs cris, leurs différents prédateurs : le guépard, le python, l’oiseau de proie. On constate même, chez cette espèce, une différence interindividuelle entre les émetteurs, lorsqu’un petit utilise un cri pour un autre, c’est sa mère qu’un autre singe engueule, établissant ainsi le lien entre les cris et les structures de parenté entre les singes. Toutes les caractéristiques du langage se retrouvent chacun au moins dans une espèce animale.

Qu’en est-il, alors de la spécificité du langage ? Posséder toutes ces caractéristiques à la fois ? Avoir la capacité de raconter des histoires ? Mais les animaux sont capables de mensonge, comme l’ont montré, avec les babouins, des primatologues dans les années 80, comme on peut aussi le constater avec les geais qui cachent et changent la cachette des noix pour tromper ceux qui les convoitent.

Un élément caractérise certainement le langage humaine : la capacité de raconter des histoires à la troisième personne. La morale découle peut-être de cette capacité à raconter des histoires à la troisième personne. Au lieu de comparer communication animale et langage humain, on devrait plutôt comparer communication humaine et communication animale. Le langage n’est pas toute la communication. La seule chose dont les animaux ne sont pas capables, c’est de s’engager dans des narrations dont ils ne sont pas les héros.

 

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