4 octobre : Christian Baudelot à Savoir en Liberté

Publié le par savoirenliberte


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Les fonctions du langage

Parler, écrire, à quoi ça sert ?


Le langage, propre à l’homme, a deux fonctions essentielles : communiquer et penser.

 

1. Communiquer

 

D’après le modèle imaginé par le linguiste Roman Jakobson, le langage a six fonctions principales : expressive, conative, référentielle, phatique, poétique et métalinguistique. Si on laisse de côté ces deux dernières fonctions, on peut néanmoins mieux préciser la nature des quatre autres, car cette typologie est très utile.

La fonction expressive est centrée sur l'émetteur. Elle exprime ses pensées, ses sentiments, ses réactions, ses opinions (moi ; je, interjections, modalités subjectives, intonations).

La fonction conative est centrée sur le récepteur. Elle se caractérise par l'emploi de la deuxième personne du singulier ; le présent exprimant l'ordre, l'infinitif, la consigne, l'impératif, le futur de l'action à accomplir.

La fonction référentielle est centrée sur le référent. Elle se caractérise par l'absence des pronoms personnels, des expressions d'opinion ou de sentiments. Elle se matérialise dans les textes informatifs, les textes descriptifs, les comptes rendus, les résumés.

La fonction phatique permet d'établir un contact avec le récepteur, d'attirer son attention (Allo, Pardon). Dans les messages écrits, elle se révèle, dans la présentation, par tout ce qui attire l'attention du lecteur : gros caractères, photos, dessins, formules d'appellation.

 

2. Penser

 

Penser et parler ne sont pas des activités distinctes. Il n’y a pas de pensée sans langage. « C’est ce qu’on peut dire qui délimite ce qu’on peut penser. », dit le linguiste Emile Benveniste. La pensée dépend de chaque langue : « La pensée, cependant, ne dépend pas seulement de la langue en général, mais, dans une certaine mesure, aussi de chaque langue individuelle déterminée. », dit le linguiste Wilhelm von Humboldt. Le choix des mots découpe le monde : « Le fait est que la "réalité" est, dans une grande mesure, inconsciemment construite à partir des habitudes linguistiques du groupe. » dit l’ethnologue Edward Sapir. En ce sens, on peut dire qu’il n’y a pas de réalité, mais seulement des visions différentes de la réalité. Le langage (faculté d’expression) dépend donc des langues (codes utilisés).

 

3. Langue et culture / langue et classes sociales

 

Le sociolinguiste Basil Bernstein prend un exemple : comment demander à un enfant de se taire ? On peut lui dire : « Il vaudrait mieux, mon petit chéri, t’efforcer de faire un petit peu moins de bruit … D’avance merci ! ». On peut aussi lui dire : « Tais-toi ! » ; ou : « Ta gueule !!!!!!!!!!!!!!!!!!! ».


Ces différences révèlent deux conceptions de l’autorité :

une autorité impersonnelle et rationnelle, légitimée par des arguments rationnels, qui se discute,

une autorité plus affective et personnelle qui ne se discute pas.


La première use du langage formel (plus le langage est formel, plus la fonction référentielle est renforcée) ; la seconde use du langage commun, plus affectif.

 

Et le langage des jeunes de banlieue ?

 

L’ethnologue William Labov a étudié le langage des jeunes des ghettos noirs de Chicago et de Harlem. Il a montré qu’ils utilisaient un langage de rupture avec le langage formel de l’école et des classes supérieures. Ce langage au service de la vie sociale a plusieurs fonctions : ludique, initiatique, secret, identitaire. C’est une langue où la fonction expressive est majeure et dont la richesse métaphorique est très grande. Mais elle est aussi une langue qui enferme. Pour éviter cet enfermement, il faut donc être bilingue, et savoir maîtriser le langage formel aussi bien que le langage commun.

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